Trop beau

Trop beau

Heidsieck, Emmanuelle

Éditions du Faubourg

  • par (Libraire)
    16 janvier 2020

    Coup de coeur d'Evelyne

    Face au monologue de Marco, vous êtes sous le choc ! Il y aurait une discrimination négative envers les beaux ? Et il est devant les Prud'hommes pour faire valoir ses droits ? pour faire reconnaitre que ses 3 licenciements consécutifs sont liés à sa beauté physique ? On n'y croit pas, on est sous le choc d'une telle absurdité… et puis Marco enchaine les exemples, les situations, les citations… Alors oui, il faut bien l'admettre, il a peut-être raison… Mais si vous croyez qu'Emmanuelle Heidsieck vous laissera tranquille avec votre petit mea culpa, votre petite révélation bien-pensante, vous vous trompez ! C'est la très grande force de ce très court et incisif roman qui se lit d'une traite, en apnée et dont on sort épuisé.


  • par (Libraire)
    8 décembre 2019

    Trop beau pour être vrai.

    Ecrire sur la laideur ne surprend personne, Hugo, Shelley, Süskind ou plus près de nous Marc Dugain sont passés par-là. Ecrire sur la beauté, ou plus exactement, dénoncer les effets engendrés par une trop belle esthétique est plus rare, voire très inhabituel. La laideur se moque de la vieillesse qui ne peut rien lui ôter, tandis que la beauté "ça attire tout ce qui peut la détruire".
    Dénoncer la souffrance que produit une trop grande beauté serait-il léger, désuet, un brin superflu? Non, pas avec le court roman d'Emmanuelle Heidsieck, elle sait développer les bons arguments pour porter la détresse de celles et ceux dont le visage attire, séduit, trouble au plus haut point, jusqu'à déclencher la haine souvent, la jalousie toujours.
    Cette plastique parfaite fait écho à nos propres insuffisances, d'un coup l'on se sent protégé, satisfait de n'avoir qu'une figure facile, ordinaire, passe-partout.
    Ce roman, qui prend parfois l’allure d’un essai de sociologie, évoque la vie tourmentée de Marco Bueli, un ingénieur de trente-six ans qui en est déjà à son troisième licenciement parce que jugé trop beau par ses employeurs, le trouble qu'il provoque auprès de ses collègues devient une nuisance, une gêne au bon fonctionnement de l'entreprise.
    Pour Marco Bueli ce troisième licenciement est de trop, il décide de se défendre et d'attaquer en justice pour discrimination liée à son apparence physique la société qui vient de le pousser dehors.
    Il se résout à s'inscrire à un stage de thérapie comportementale, avec pour intention de trouver les bons outils, les bons réflexes, les bonnes armes pour gagner son procès. Ils sont une quinzaine de femmes et d’hommes pour suivre ce séminaire, uniquement de la très, très belle gueule y participe, l’un a les traits de Steve McQueen jeune, une autre « le nez de Kate Moss, les yeux de Carole Bouquet. » C’est dire !
    Le coach a l'accent US, son approche est californienne, on est en cercle, l'on se présente et l'on parle, on déballe en public, on raconte, on témoigne du malheur d'être trop beau. Puis une proposition venue de l'animateur s'installe, se répète, devient consigne : battez-vous, montrez la persécution que vous subissez, portez votre témoignage devant les tribunaux, faites des procès et surtout, gagnez-les !
    Par les temps qui courent tout devient objet de plaintes et donc de contestations, dans le roman d'Emmanuel Heidsieck la beauté est une souffrance qui rejoint celle de la laideur d'une époque défaite, d'une société où l'humain devient cible, quelle que soit son apparence. Est-il inexorable que l’esprit du collectif mène fatalement à l’individualisme ? Tout cela ne serait-il pas trop beau pour être vrai ?