La voix d'Amara

Joëlle Le Marec, Amara Camara

Editions Sikit

  • par (Libraire)
    10 juillet 2021

    Ce témoignage laisse sans voix tant celle d’Amara est pure.

    Amara est un migrant qui attend qu’un juge reconnaisse ou non son statut de mineur. Il est hébergé chez Joëlle Le Marec, ils vont apprendre à se connaître, se comprendre et attendre que la justice passe. Cela devait durer 10 jours, cela deviendra neuf mois, le temps en quelque sorte d’une nouvelle mise au monde pour ce garçon.

    Joëlle Le Marec écrit un récit plein de sensibilité, elle s’attache au fil des jours à cet enfant, c’est évident, mais elle le vouvoie et ne l’embrasse pas, elle ne le tient pas à distance, non, entre eux tout est soudé par la confiance et le respect, mais elle sait qu’il devra partir un jour ou l’autre.

    Le livre est écrit à deux voix, celle d’Amara se fait rare au début, il lâche quelques phrases comme : « Ma vie a commencé en 2016, à ce moment je suis parti de chez moi et j’ai traversé le désert. » « Amara fils de misère je ne voulais pas l’être, mais je l’étais quand même. » Puis la confiance vient avec l’apprentissage de l’écriture et de la lecture, Amara se livre de plus en plus, échange avec les autres, il a une telle soif d’apprendre. Joëlle Le Marec évoque les réfugiés politiques, climatiques ou économiques mais elle y ajoute les réfugiés cognitifs, ceux qui viennent pour s’instruire, savoir lire, connaître les mots qui permettent de grandir et se construire.

    Tout ça ne se fait pas dans un climat apaisé, malheureusement pas, certains juges vont jusqu’à l’écœurement : « votre récit est trop stéréotypé ». « Ou bien, comble de la cruauté « la maturité dont vous avez fait preuve laisse soupçonner que vous n’êtes pas mineur. » Ils n’ont pas été « assez bons ». Ils ne se sont pas bien vendus. »
    Puis il faut composer avec le climat ambiant « face au danger grandissant d’une Europe enlaidie par la peur et l’égoïsme. »
    « Hier une ministre a dit à propos des migrants arrivant en Europe qu’ils font du « shopping de l’asile ». Amara est venu ici non pour faire du shopping de l’asile (il est totalement indifférent au shopping d’une manière générale), mais parce qu’il est un des acteurs de cette aventure humaine risquée qu’est la migration. Celle-ci ne consiste pas à aller « chez autrui », dans le supermarché européen, mais à aller quelque part créer sa vie. »
    « Les milliers de photos, de récits, de films, de chansons inspirés depuis des siècles par les gens du voyage nous ont-ils rendus plus sensible à l’hostilité et au rejet dont ils n’ont jamais cessé de faire l’objet ? Non. Absolument pas. Nous aimons le rêve de liberté, de musique et de beauté, mais pas les personnes. »

    « J’ai rêvé toujours de voir Oumou Sangare. Je ne savais plus comment faire pour voir Oumou Sangare encore, mais grâce à J j’ai pu voir Oumou Sangare et j’espère un jour m’asseoir avec elle pour parler. »
    De la belle voix d’Oumou Sangaré, Amara lui a emprunté la couleur, la poésie et la mélancolie. Amara, entrez dans ce monde, il vous appartient.