Conseils de lecture

18,00
par (Libraire)
24 janvier 2022

Être libre un point c'est tout.

Renata n’importe quoi c’est l’histoire d’une bonne à tout faire qui ne veut plus être commandée, par rien ni par personne, elle quitte alors son emploi avec détermination pour devenir « une libre », elle prend ses affaires, qui tiennent dans quatre paquets et part, pour commencer, à la recherche d’un banc ou s’assoir et écouter les oiseaux.
Renata n’importe quoi est le monologue de cette femme qui pense beaucoup, sans arrêt et qui cherche dans sa tête les moyens d’être « contente ». Ce roman est une longue phrase sans point, après tout quand on pense il n’y a pas de ponctuation, ça ne s’arrête pas les pensées, elles viennent, s’entassent et se nourrissent d’elles-mêmes.

Avec elle on va déambuler dans les rues de Paris, zyeuter les vitrines des « beaux magasins », descendre dans le métro pour changer de quartier. Entrer chez les commerçants et y faire quelques emplettes, comme acheter un bout de ficelle pour tenir ses paquets, boire un café, manger une tomate ou encore se faire un cadeau. Cela se fera toujours sous la pression de ses pensées qui tour à tour se font joyeuses, désinvoltes ou, en fraction de seconde, deviennent obsessionnelles et tranchantes. Parfois, prise dans une de ses fureurs on se demande si des démons intérieurs ne commanderaient pas cette femme.

Puis les pensées ça use aussi, ça fragilise et parfois ça encombre, un peu comme ces paquets portés à bout de bras : « , et mes paquets c’était comme une tristesse que je portais, et c’était comme du noir dans mes pensées, ce n’était plus la liberté, »

Pourtant cette farouche volonté de rester libre va l’emporter et se radicaliser : « , vous avez tort, elle a dit, on est drôlement bien ici, ils sont gentils, on s’amuse, on a la télé, Mais vous n’êtes pas libres, j’ai dit, alors elle a eu l’air étonnée, Mais si on est libres, elle s’est écriée, on peut sortir quand on veut et en plus ils nous paient pendant qu’on apprend un métier pour qu’on ait déjà une petite somme quand on quitte la maison, L’argent, j’ai dit, c’est lui qui vous commande, alors vous voyez bien que vous n’êtes pas libres, j’ai dit, »
À cet instant les menottes sont pour nous, cette femme est révolutionnaire, une affranchie, une vraie libre, un point c’est tout.

Paru en 1967, ça n’a pas été n’importe quoi pour l’autrice, Catherine Guérard, en lice pour le Goncourt, frôlé de peu, il sera finalement attribué à André Pieyre de Mandiargue pour La marge, dont le roman raconte l’histoire d’un homme qui après un choc affectif se retrouve « en marge » de sa vie…

Catherine Guérard, après la parution de Renata n’importe quoi, comme « en écho au destin de son héroïne » va disparaitre de la vie littéraire, personne ne sait ce qu’elle est devenue.
Pour en savoir un peu plus sur ce livre et son autrice vous pouvez vous rendre sur le blog de Tilly, vous y retrouverez notamment un extrait de l’émission Du Masque et la plume du 10 décembre 1967.

https://tillybayardrichard.typepad.com/le_blogue_de_tilly/2013/04/lu-renata-nimporte-quoi-roman-de-catherine-gu%C3%A9rard.html


18,00
par (Libraire)
15 août 2021

Viral H.G.

Je lis Hervelino de Mathieu Lindon, je le lis après avoir tourné autour et repoussé cette lecture plusieurs fois, plusieurs mois de suite. Le livre est paru en janvier, je le lis au cœur d’août.
Il me fallait sans doute la chaleur de l’été pour atténuer ce que je savais trouver dans ce livre, le froid de la mort d’Hervé Guibert.

Mathieu Lindon, dans Hervelino, choisit d’écrire sur les dernières années de vie de l’auteur, celles des années passées à la Villa Médicis, à Rome, celles de la manifestation de cette maladie qui arriva incognito et submergea tout si rapidement.

J’ai commencé mon métier de libraire en 1987, j’avais 24 ans, je débutais dans une librairie du XVI -ème arrondissement située avenue Mozart, la propriétaire, une demoiselle très âgée, ne voulait comme libraires que des hommes, de préférence homosexuels.

D’Hervé Guibert j’avais déjà lu quelques livres que je n’aimais pas toujours. Je leur trouvais une certaine insouciance et une facilité qui tournait à l’exercice de style.

J’ai attrapé Hervé Guibert avec Fou de Vincent, paru en 1988, là oui, il m’a eu. Puis surtout L’Incognito est arrivé juste après. Ce livre est pour moi son meilleur, pour qui veut comprendre ce que l’urgence d’écrire veut dire, l’urgence de vivre aussi, personne n’a jamais fait mieux. Dans ce livre j’ai couru avec eux dans les rues de Rome, même si ce « je » est un autre.

Si Hervé Guibert m’avait happé avec Fou de Vincent, Mathieu Lindon me happe à son tour avec Hervelino. J’imagine combien cela a dû être difficile pour lui d’écrire ces pages, de devoir tout remuer, charrier pour en arriver à l’eau claire de ces lignes.

Pourtant, Mathieu Lindon intellectualise beaucoup, cela manque un peu de chair pour moi, mais ce livre fait revivre un auteur qui a bouleversé ma vie de jeune homme, de lecteur et de libraire, alors pour cela, mille mercis.

Un ami n’est pas venu s’assoir sur le lit de Mathieu Lindon pour faire avec lui, comme il le faisait pour Hervé Guibert, les corrections de son livre, pourtant il y en avait besoin, mais d’une certaine façon c’est bien ainsi, cela en fait un texte encore plus émouvant, si c’est possible.

« Ecrire sur mon lien avec Hervé, du début à la fin et de A à Z, j’ai la sensation que je n’y arriverai pas ». Mathieu Lindon pense qu’une raison mystérieuse le dépasserait « quasi ontologiquement. »
A plusieurs reprises, dans ce livre, Gaston Lagaffe est évoqué. Franquin avait trouvé plusieurs séquences pour prolonger les aventures de son personnage. L’on se souvient de la Ford T, puis de la mouette et du chat ou encore de Monsieur De Mesmaeker…
Qu’Il est surprenant de terminer cet article avec Gaston Lagaffe ! G.L à vie.

Extrait : A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie suscita en moi une sorte d’admiration pure. C’était sa mort qu’il commençait à écrire après avoir déjà si bien écrit sa vie et j’étais comme un enfant, perdu dans mes bons sentiments, une sorte d’appel à la magie, comme s’il eût pu écrire un tel livre et que tout soit faux, que ne restât que la valeur littéraire du texte mais qu’en vérité Hervé ne soit pas atteint, que de longues années n’attendent qu’à s’étirer encore devant lui et nous »


Femmes ouvrières

La Contre Allée

21,00
par (Libraire)
9 août 2021

Ecoutons plus que jamais la voix de Luisa Carnés, elle porte loin.

Ecrit entre 1932 et 1933 et publié en 1934, Tea rooms nous parle de la vie des femmes dans le Madrid des années 1930. Luisa Carnés décrit au plus près la vie des petites gens, cela fourmille de détails et d'anecdotes glanés dans le quotidien d'un travail abrutissant.
L'on se plaint des conditions de travail d'aujourd'hui, lire ou relire celles d'hier fait froid dans le dos.
Ce roman/témoignage est essentiel pour comprendre :" Qu'est-ce qu'être une femme dans cet univers?"


Roman

Éditions Gallmeister

11,60
par (Libraire)
31 juillet 2021

Partager les émotions que procurent la lecture de Wisconsin fait un bien fou.

"Les enfants ont un tel instinct de survie, nous dit Mary Relindes Ellis, dans ses descriptions magnifiques des paysages du Midwest américain, qu'ils trouvent dans la nature ce que leur environnement familial dénie.
Et comme les anciens Ojibwés le savent depuis longtemps, ils y trouvent aussi la sagesse et la clairvoyance."

Ce livre bouscule, il vous arrache des larmes autant que des rires, il donne envie d'en partager la lecture avec son entourage.
L'on ne veut pas garder pour soi l'histoire de ces êtres écorchés vifs mais si terriblement émouvants.

Ce livre est d'abord paru sous le titre Wisconsin, dans la collection 10/18.


22,90
par (Libraire)
26 juillet 2021

Ce roman est gigantesque, il est comme un pin de l’Oregon multicentenaire, il en atteint les cimes.

« Le bois, c’est du temps capturé. Une carte. Une mémoire cellulaire. Une archive. »
« D’un futur proche (2038) aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts. »
Ce roman est visionnaire en même temps qu’apocalyptique, il nous invite à ne plus tergiverser sur les bonnes attitudes à avoir et les bonnes décisions à prendre si l’on veut que la vie continue. Il nous dit que la vie humaine, comme la vie animal ou végétale c’est ici et la Terre maintenant.
Mais ce roman est à l’opposé d’une fabrique à culpabiliser, il ne veut pas inhiber nos choix par une trop forte peur qui nous empêcherait d’agir, non, au contraire, il nous galvanise de la plus belle des façons, il nous rend responsable et nous donne du courage pour faire en sorte que jamais il ne reste qu’un dernier arbre.
Extrait : « Quand elle racontera l’histoire de l’ouragan, ce qu’elle fera un nombre incalculable de fois lors d’encans de bétail ou de repas partagés sur sa nouvelle galerie avec des gens de passage, elle se demandera comment rendre compte du son de la bibliothèque avalée par la tornade. Comment décrire précisément le bruit de dix mille livres s’envolant dans les airs pour être éparpillés sur des centaines de kilomètres. Et ce n’est que des années plus tard – bien après la fin de la Grande Dépression, quand les pauvres auront cessé de passer de train en train ; bien après la mort de Gertie, décédée d’une grippe le jour de son quatre-vingt-dixième anniversaire ; bien après que le souvenir des douces épaules d’Everett, de son épaisse chevelure noire et du drôle de sérieux de ses manières aura pâli dans sa mémoire ; bien après qu’elle aura de nouveau été capable de s’aventurer dans la partie du champ où ensemble ils avaient planté les petits érables qui sont depuis devenus grands ; bien après que le vide laissé par cet homme dans sa vie aura complétement cicatrisé – alors seulement trouvera-t-elle une réponse satisfaisante : on aurait dit des oiseaux. »