Didier J.

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18,00
par (Libraire)
15 août 2021

Viral H.G.

Je lis Hervelino de Mathieu Lindon, je le lis après avoir tourné autour et repoussé cette lecture plusieurs fois, plusieurs mois de suite. Le livre est paru en janvier, je le lis au cœur d’août.
Il me fallait sans doute la chaleur de l’été pour atténuer ce que je savais trouver dans ce livre, le froid de la mort d’Hervé Guibert.

Mathieu Lindon, dans Hervelino, choisit d’écrire sur les dernières années de vie de l’auteur, celles des années passées à la Villa Médicis, à Rome, celles de la manifestation de cette maladie qui arriva incognito et submergea tout si rapidement.

J’ai commencé mon métier de libraire en 1987, j’avais 24 ans, je débutais dans une librairie du XVI -ème arrondissement située avenue Mozart, la propriétaire, une demoiselle très âgée, ne voulait comme libraires que des hommes, de préférence homosexuels.

D’Hervé Guibert j’avais déjà lu quelques livres que je n’aimais pas toujours. Je leur trouvais une certaine insouciance et une facilité qui tournait à l’exercice de style.

J’ai attrapé Hervé Guibert avec Fou de Vincent, paru en 1988, là oui, il m’a eu. Puis surtout L’Incognito est arrivé juste après. Ce livre est pour moi son meilleur, pour qui veut comprendre ce que l’urgence d’écrire veut dire, l’urgence de vivre aussi, personne n’a jamais fait mieux. Dans ce livre j’ai couru avec eux dans les rues de Rome, même si ce « je » est un autre.

Si Hervé Guibert m’avait happé avec Fou de Vincent, Mathieu Lindon me happe à son tour avec Hervelino. J’imagine combien cela a dû être difficile pour lui d’écrire ces pages, de devoir tout remuer, charrier pour en arriver à l’eau claire de ces lignes.

Pourtant, Mathieu Lindon intellectualise beaucoup, cela manque un peu de chair pour moi, mais ce livre fait revivre un auteur qui a bouleversé ma vie de jeune homme, de lecteur et de libraire, alors pour cela, mille mercis.

Un ami n’est pas venu s’assoir sur le lit de Mathieu Lindon pour faire avec lui, comme il le faisait pour Hervé Guibert, les corrections de son livre, pourtant il y en avait besoin, mais d’une certaine façon c’est bien ainsi, cela en fait un texte encore plus émouvant, si c’est possible.

« Ecrire sur mon lien avec Hervé, du début à la fin et de A à Z, j’ai la sensation que je n’y arriverai pas ». Mathieu Lindon pense qu’une raison mystérieuse le dépasserait « quasi ontologiquement. »
A plusieurs reprises, dans ce livre, Gaston Lagaffe est évoqué. Franquin avait trouvé plusieurs séquences pour prolonger les aventures de son personnage. L’on se souvient de la Ford T, puis de la mouette et du chat ou encore de Monsieur De Mesmaeker…
Qu’Il est surprenant de terminer cet article avec Gaston Lagaffe ! G.L à vie.

Extrait : A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie suscita en moi une sorte d’admiration pure. C’était sa mort qu’il commençait à écrire après avoir déjà si bien écrit sa vie et j’étais comme un enfant, perdu dans mes bons sentiments, une sorte d’appel à la magie, comme s’il eût pu écrire un tel livre et que tout soit faux, que ne restât que la valeur littéraire du texte mais qu’en vérité Hervé ne soit pas atteint, que de longues années n’attendent qu’à s’étirer encore devant lui et nous »